Et si la littératie était l’une des compétences les plus importantes de notre époque?

Proclamée par l’UNESCO, la Journée internationale de l’alphabétisation souligne l’importance de l’alphabétisation comme droit humain fondamental depuis 1966.

Malgré ce travail de sensibilisation, l’analphabétisme demeure entouré de préjugés, souvent renforcés par des mots utilisés de façon péjorative. En parler ouvertement et en démystifier les causes et les conséquences contribue à briser le tabou et à nous faire avancer vers une société plus juste, plus inclusive et plus démocratique.

Une réalité plus répandue qu’on le croit

 

La réalité de l’analphabétisme touche beaucoup plus de personnes qu’on pourrait le croire.

Au Québec, les plus récentes données indiquent que 22 % des adultes de 16 à 65 ans éprouvent des difficultés majeures à comprendre et utiliser l’information écrite (niveaux 0 et 1 de littératie). Cela signifie qu’une personne sur cinq est considérée comme analphabète ou en situation de grand déficit, selon les mesures internationales de la littératie (comme le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes).

À cela s’ajoute 30 % de la population qui correspond à ce que l’on qualifie souvent d’analphabète fonctionnel. Ces personnes savent lire et écrire, mais rencontrent des difficultés importantes lorsqu’il faut comprendre des textes plus longs, analyser l’information ou exercer un regard critique sur ce qu’elles lisent.

La littératie : qu’est-ce que c’est?

 

Plus que la simple maîtrise de la lecture, la littératie comprend la capacité de comprendre, d’interpréter et d’évaluer de l’information dans différents contextes.

Un bon niveau de littératie ne consiste donc pas seulement à savoir décoder des mots, mais à saisir le sens d’un message, à en interpréter les nuances et à exercer son jugement critique pour évaluer la crédibilité des informations reçues.

Comme l’information circule aujourd’hui sous de multiples formes, sur une grande variété de plateformes et à partir de sources très inégales, la littératie devient une compétence d’autant plus essentielle pour s’y repérer et vraiment comprendre ce qu’on lit.

Comprendre les niveaux de littératie

 

Les compétences en littératie sont évaluées selon une échelle de 0 à 5.

Au niveau 0, on parle d’une connaissance du vocabulaire de base. Au niveau 1, c’est possible de comprendre un texte très court, qui présente une seule information. Les personnes à ces niveaux de littératie sont alors considérées comme analphabètes.

Au niveau 2, une personne peut repérer certaines informations dans des textes courts, mais rencontre davantage de difficultés lorsque les contenus sont plus longs, plus denses ou plus complexes. C’est ce niveau qui est souvent qualifié d’analphabétisme fonctionnel.

Le niveau 3 marque un seuil important : il indique qu’une personne dispose généralement des outils nécessaires pour participer pleinement à la société actuelle, en comprenant des textes plus élaborés, en établissant des liens entre différentes informations et en exerçant son jugement critique.

Aux niveaux 4 et 5, les personnes démontrent un niveau de compétences élevé. On peut évaluer, intégrer et synthétiser des textes longs et complexes, et saisir leurs nuances et subtilités.

Pourquoi l’analphabétisme existe-t-il encore?

 

Les difficultés en littératie peuvent avoir plusieurs causes :

  • Une faible scolarisation;
  • Un environnement familial où l’accès aux livres et les occasions de lecture sont limités;
  • Des troubles d’apprentissage comme la dyslexie qui n’ont pas été suffisamment soutenus;
  • Des conditions de vie marquées par la pauvreté et la précarité.

Il est également important de rappeler que les personnes vivant avec des difficultés en littératie développent souvent d’autres compétences. Par nécessité, elles mettent souvent en place des stratégies ingénieuses pour contourner leurs difficultés, parfois pendant des décennies, sans que leur entourage ne s’en aperçoive.

Elles ne manquent ni d’intelligence ni de volonté : elles ont simplement eu un parcours de vie qui ne leur a pas permis d’acquérir ou de consolider ces compétences essentielles.

Des conséquences au quotidien

 

Les impacts de l’analphabétisme vont bien au-delà de la lecture. Un faible niveau de littératie peut compliquer l’accès à l’emploi, aux services, à l’information et à certains droits. Les personnes concernées sont ainsi plus susceptibles de vivre :

  • Des périodes de chômage;
  • Une plus grande précarité financière;
  • Une confiance en soi fragilisée;
  • Des risques accrus pour leur santé et leur sécurité.

Ces difficultés peuvent aussi avoir des effets très concrets au quotidien. Par exemple, comprendre une consigne de sécurité, une ordonnance, une posologie ou une contre-indication peut devenir un défi. Cela peut augmenter les risques d’accident au travail, compliquer le rétablissement après une blessure ou entraîner une mauvaise utilisation de médicaments.

Et pour la société?

 

À l’échelle de la société, les impacts sont tout aussi importants.

Une population qui peine à comprendre l’information participe moins facilement aux débats publics, exerce plus difficilement son esprit critique et rencontre davantage d’obstacles pour suivre les transformations du marché du travail.

Une compétence qui se développe tout au long de la vie

 

La bonne nouvelle, c’est que la littératie peut se développer tout au long de la vie. C’est une compétence qui nous accompagne toute notre vie et qui influence notre capacité à apprendre, à comprendre le monde qui nous entoure et à y prendre pleinement notre place.

Pour découvrir des pistes concrètes afin de soutenir le développement de la littératie en service de garde, lisez le blogue de La Boussole éducative : Plus que des lettres et des mots

Références

PEICA Canada 2022 – Analyse des nouvelles données publiques pour le Québec, Langlois, 2025. Consulter le document

Développer nos compétences en littératie : un défi porteur d’avenir, Rapport québécois de l’Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA), 2003, Québec, Institut de la statistique du Québec.

Fondation Lire pour réussir

Fondation pour l’alphabétisation